1. QUELLE EST LA GENÈSE DE CETTE EXPOSITION ?

Ce projet est évidemment en lien avec le contexte social de l’islamisme et de l’islamophobie. D’une certaine manière, lorsque Jacques Chirac décida de la création du département des Arts de l’Islam au musée du Louvre en 2003, c’était déjà l’idée de mettre au coeur du musée universel du Louvre cette civilisation au centre des trois continents, l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Depuis son ouverture en 2012, les événements nationaux et internationaux se sont succédés renforçant encore ces deux sentiments de rejet de l’Islam comme une civilisation et de défense d’un Islam religieux au nom d’une idéologie guerrière et extrémiste. Nous pensons aux images chocs des destructions des Bouddhas de Bamiyan en Afghanistan en 2001, ou celles plus récentes des destructions de statues en Syrie et en Irak par Daesh. Enfin les différents attentats en France, contre Charlie hebdo et les caricatures jusqu’à l’attentat de Samuel Paty notamment, ont marqué les esprits. Et même si on peut se dire que face à tant de violence, de propagande et d’incompréhension, choisir d’agir à travers les arts et la culture peut paraître anecdotique, il nous semble au contraire important de sortir de l’hystérie médiatique pour se poser et prendre la distance qui permet de regarder l’Islam à sa vraie dimension historique et culturelle sans prendre partie sur des idéologies partisanes. C’est dans ce sens que j’ai proposé un projet qui va au plus près des populations et qui permet de créer dans 18 villes un espace de présentation de 10 chefs d’œuvres d’art islamique du patrimoine français qui raconte les arts, les cultures de l’Islam et l’arrivée de ces chefs d’œuvre en France.

 

2. POURQUOI AVOIR CHOISI RILLIEUX-LA-PAPE AU MILIEU DE GRANDES MÉTROPOLES RÉGIONALES COMME MARSEILLE, TOULOUSE, CLERMONT-FERRAND, NANTES OU RENNES ? 

 À partir du moment où le principe était acté par Matignon, le Ministère de la Culture, le Ministère de l’Éducation nationale, le musée du Louvre a décidé de s’associer à la Réunion des Musées Nationaux Grand Palais pour coproduire cette opération nationale. En tant que commissaire générale de l’opération, j’ai dû commencer par identifier les 18 villes selon plusieurs critères. Il fallait bien sûr essayer de répartir au mieux sur l’ensemble du territoire ces différentes expositions. Il fallait notamment essayer d’en avoir une dans chaque académie de la cartographie du Ministère de l’Éducation nationale. Le chiffre de 18 correspond à notre capacité financière et humaine d’organiser cela en 11 mois puisque le projet s’est décidé fin décembre 2020. Nous nous sommes donnés pour objectif d’avoir aussi une variété de typologie de territoires : grandes villes, villes moyennes, contextes urbains et ruraux mais aussi d’avoir une ville dans les DOM-TOM, ce qui est le cas avec la Réunion. Nous avons dans un premier temps penser à des villes qui ont déjà des collections d’art islamique à valoriser dans leurs bibliothèques, musées ou parfois des trésors d’église. Mais finalement nous nous sommes aperçus très vite que cela ne suffisait pas à imaginer que la ville puisse être retenue. Un aspect majeur de ce projet est la volonté politique du Maire ou du Président de la collectivité locale en question, car c’est lui qui peut de fait orchestrer la dynamique d’un tel projet sur son territoire avec toutes les composantes de sa population et de ses relais culturels, éducatifs et sociaux. Le choix de Rillieux-la-Pape s’est fait grâce à la suggestion de la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes.

 

3 CETTE EXPOSITION SE FAIT EN PARTENARIAT AVEC DE PRESTIGIEUSES INSTITUTIONS CULTURELLES LYONNAISES QUI, AUX CÔTÉS DU LOUVRE, VONT METTRE DES OEUVRES À LA DISPOSITION DE NOTRE COMMUNE. CE TRAVAIL DE SYNERGIE A-T-IL ÉTÉ SIMPLE À MENER ?

Il faut ici chaleureusement remercier la Ville de Lyon et en particulier le musée des Beaux-Arts en la personne de sa directrice Sylvie Ramond, mais aussi Salima Hellal, conservatrice en charge de l’admirable collection d’art islamique du musée. Elles ont toutes les deux sauté à pieds joints dans ce projet à la fois fou et ambitieux. Salima a même rejoint le comité scientifique national de l’opération. Enfin la Bibliothèque municipale a suivi par la générosité de ses prêts de manuscrits. La Métropole de Lyon a aussi accepté avec enthousiasme de participer à l’aventure notamment par la volonté de la directrice du musée des Confluences, Hélène Lafont-Couturier. Enfin la Région Auvergne-Rhône-Alpes est très présente avec deux œuvres exceptionnelles, un tapis iranien du musée des Tissus et une photographie d’une artiste iranienne Shirin Neshat du Fonds régional d’art contemporain. Cette mobilisation associée aux collections du Louvre réunit un trésor exceptionnel de chefs d’œuvre d’art islamique à Rillieux-la-Pape. 

 

4 DURANT QUATRE MOIS, DE NOMBREUSES CONFÉRENCES À DESTINATION DES SCOLAIRES SONT PRÉVUES. QU’EST-CE QU’UNE EXPOSITION COMME CELLE QUE NOUS ALLONS VIVRE PEUT APPORTER À LA JEUNESSE ?

Il s’agit en effet d’inviter tout le monde et en particulier les jeunes à venir. Ce n’est pas un événement mondain. Cette exposition offre une mise en scène qui nous entraîne dans un voyage d’Algérie jusqu’en Inde grâce à un film immersif sur grand écran et un coin débat où l’on peut s’asseoir et discuter, échanger ou rêver. Beaucoup d’outils éducatifs et de ressources sur un site dédié peuvent permettre à chacun de vivre son expérience face à cette civilisation islamique et se faire son idée en quittant son quotidien quelques heures. L’accès est gratuit. On peut donc y venir et revenir !
 

Photo ©LeLouvre